Sri Lanka, les leçons de la guerre ?

La Nouvelle Chronique

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Le 19 mai prochain marquera le 8e anniversaire de la fin de la guerre civile sri-lankaise. Ayant duré plus d’un quart de siècle — de 1983 à 2009 — et entraîné la mort de plus de 100 000 personnes, elle constitue un conflit majeur, mais oublié, d’une région familière des violences armées. L’intérêt de l’opinion publique et de la communauté internationale pour l’Asie du Sud s’arrête en effet souvent aux sempiternelles rivalités indo-pakistanaises, avec ses ramifications cachemiries ou afghanes. Pour ce qui est du reste du sous-continent, sa couverture est aujourd’hui proportionnelle à la menace « djihadiste » qui y couve. Exit donc les questions sri-lankaises ou népalaises trop complexes, délaissées au profit d’un traitement de choc du Bangladesh et du Pakistan, nouveaux incubateurs de la menace terroriste globale.

Pourtant, s’intéresser au Sri Lanka alors que le pays se cherche un avenir à la suite de décennies de luttes fratricides et de…

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Inde : Cachemire, la fin de l’état d’urgence ?

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Le Glacier Sachent - ©Reuters / Pawel Kopczynski Le Glacier Sachien – ©Reuters / Pawel Kopczynski

Le 8 janvier dernier, Sayeed Mufti Mohammed, chief minister[1] de l’État indien du Jammu-et-Cachemire et dirigeant du premier parti politique de l’État – le People’s Democratic Party (PDP), parti autonomiste proche des mouvements séparatistes cachemiris – décède dans l’exercice de ses fonctions. Moins d’un an après son arrivée au pouvoir au sein d’un gouvernement de coalition avec le BJP – parti nationaliste hindou, duquel est issu l’actuel Premier ministre Narendra Modi – l’État indien le plus turbulent se retrouve à nouveau dans une période d’instabilité politique.

Les deux partis de la coalition se déchirent maintenant pour savoir duquel de leurs rangs doit être issu le futur chief minister, le PDP et sa nouvelle patronne, Mehbooba Mufti – fille du défunt Sayeed Mufti – entendant bien conserver les rênes du Jammu-et-Cachemire. De son côté, si le BJP mettait la main sur…

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L’Inde à la croisée des chemins

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Source : Amit Dave/Reuters Photo : Amit Dave/Reuters

Un peu plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et de son parti le Bharatiya Janata Party – Parti du Peuple Indien, droite nationaliste hindoue – la direction que prend l’Inde est incertaine, oscillant entre un timide réformisme économique, une vie politique en pleine recomposition et une politique étrangère renouvelée.

Alors que les élections de l’été 2014 se sont jouées autour de la relance d’une économie moribonde – le taux de croissance était tombé à moins de 5 %, contre plus de 8 % auparavant – et des affaires de corruption secouant le parti du Congrès, force est de constater que le BJP semble rattrapé par les mêmes travers que son prédécesseur (le parti du Congrès, principal parti d’opposition, de centre gauche, et son premier ministre Manmohan Singh).

Ceux-ci ne sont pas tous de son fait, étant donné que le parti ne contrôle que la chambre basse…

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Holipat

Rien de mieux que d’être en Inde au mois de mars pour célébrer Holi, le festival des couleurs annonçant l’arrivée du printemps. En fait, plus grand monde ne se rappelle vraiment quel est la véritable symbolique derrière cette cérémonie; avec énormément d’imagination et d’originalité, on peut avancer sans trop de risques l’hypothèse d’une énième victoire d’un roi aidé par un dieu coloré sur un démon très méchant. Belle excuse pour se lancer de la poudre aux yeux, tout en jetant des bombes à eau depuis les balcons sur les pauvres passants qui vont gentiment au travail. La bonne humeur matinale reste au rendez-vous car cette année Holi marque réellement l’arrivée du printemps : les 10 degrés supplémentaires sont là, on atteint donc aisément 30 à l’ombre.

Le temps de charger les pistolets à eau et nous voici partis, direction J.N.U, université post-néo-moderno-marxiste où le bhang lassi coule à flot, histoire de dévergonder tout ce beau monde estudiantin. Contrairement à d’autres endroits dans Delhi, les filles peuvent participer aux festivités sans crainte de teasing et autres spécialités locales, les étrangers se mêlent aux étudiants des hostels : la guerre peut commencer.

Call of Holi : Indian Warfun.

Luttes dans la boue, guerre entres snipers aquatiques, aveuglements à la poudre de perlimpinpin, grenade flash biologique, boucliers humains. Pourtant la force d’interposition de l’ONU n’arrive pas. Fort heureusement, après quelques heures, les effets du bhang lassi auront eu raison des plus féroces combattants et le terrain du campus n’est plus d’un vaste No man’s land où errent encore quelques zombies multicolores. Dora l’exploratrice peut se promener sans crainte.

Autre temps, autre décor. Pour se décrasser de toutes ces couleurs qui collent à la peau, un petit tour de vélo ne peu faire que du bien. Quant un ami baroudeur vous propose une petite virée en vélo indien, dans les chemins de traverses de la campagne de l’Haryana, on se laisse tenter. Tout en sachant que ça fera mal aux fesses.

Malgré le décollage à 5 heures du mat’ et quelques ratés en gare de New Delhi, le train nous dépose à Panipat, à 100 kilomètres de la capitale, pour attaquer notre périple vélocycliste. Après avoir évité poids-lourds et autres trapanelles circulants le long de la Grand Trunk Road – cette artère s’étirant de Calcutta à Amritsar, chantée par Rudyard Kipling comme « une rivière de vie comme il n’en existe nulle part au monde » – il ne reste plus qu’à bifurquer vers des routes secondaires, afin de quitter l’Inde des villes industrielles et de se laisser pédaler le long des champs de blé et des cheminées de briqueterie. Une journée de route rythmée par les pauses chaï, sans oublier les évitements de dromadaires, tout cela sous les regards incrédules des villageois qui sortent pour quelques instants de leur masticage de tiges de canne à sucre.

Le temps de retrouver la Grand Trunk Road, où l’on rencontre par hasard un compagnon de route effectuant 80 kilomètres quotidiennement afin d’aller chercher des légumes sur les marchés de la capitale, et c’est déjà l’arrivée à Delhi. Le choc est  brutal, la ville étant relativement inhospitalière aux deux-roues à pédales et le cycliste en herbe a très vite des sueurs froides entre les flyovers à six voies et les bretelles d’autoroute.

Finalement, la campagne, ça vous gagne.

Bilkul in India

Parce qu’il est temps de faire le point sur cette presque année écoulée en Inde; et parce que des photos valent mieux que de longs discours, voici quelques restes visuels qui n’ont pas encore été publiés sur ce blog.

Gandhi by Cartier Bresson © Flo Peters Gallery

Henri Cartier Bresson, qui a pris la dernière photo de Gandhi avant son assassinat le 30 janvier 1948, disait que « photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur ». Pour moi, l’Inde m’aura certainement fait perdre la tête à bien des reprises tout en donnant à mon cœur des palpitations à revendre. Heureusement, mes yeux eux sont toujours indemnes, pour le plus grand plaisir de mon appareil photo.

PS : Rétrospective Henri Cartier Bresson à Beaubourg jusqu’en juin, pour admirer les photos du maître.

Sur les voies

Comment manier une équipe d’ouvriers des chemins de fer indiens sans trop se fatiguer ? Facile, il suffit de leur demander de retirer les traverses en béton des rails, disons sur une longueur de quelques dizaines de mètres, ça suffira pour la journée. Comme ça pendant ce temps, le contremaître peut s’asseoir tranquillement sur les bords de la voie, sirotant son chaï et regardant le ciel, absorbé par les formes des nuages, où Shiva et Parvati s’enlacent tendrement.

Pas la peine de répondre aux question de deux occidentaux paumés, qui prendront trois petites photos et puis s’en iront.

Et puis, quel intérêt peut-il bien y avoir à prendre des clichés de ces biharis sans diplômes qui se battent par grappes entières avec des outils rudimentaires, tout cela pour déplacer des traverses d’une petite poignée de mètres ? Cela fera tout au plus un article de blog, pour illustrer les conditions de travail de ce lumpen prolétariat exploité et toujours dans l’attente de son grand soir.

Les techniques n’ont pas du évoluer depuis la chute de l’Empire des Indes : pas de trace d’un quelconque outil produit par la révolution industrielle en vue. Les biceps nourris au daal suffiront amplement à la tache. La main d’œuvre est abondante, bon-marché et corvéable à souhait. Pourquoi acquérir une locomotive pose-traverse made in Germany qui coûterait des millions, tout ça pour voir disparaître son petit cheptel d’ouvriers sur lesquels le Ô bienveillant contremaître peut exercer sa tendre et douce autorité ?

C’est qu’avec un statut pareil, il faut bien une once de pouvoir, qui ne pourrait être satisfaite par la conduite d’une petite loco Siemens. Il est bien préférable de regarder ses hommes suer sous le soleil Delhite, noirs de la crasse des vieux ballasts, leurs bras saillants maniant des pinces qui sembleraient tailler pour des ogres sortis de The Hobbit.

Tout cela en tongues, avec un grand sourire devant la caméra du firangi qui regarde ce spectacle un peu abasourdi, pensant se retrouver dans un documentaire tout droit sorti des tiroirs de l’URSS stalinienne. « Gloire aux grands travaux d’aménagement du territoire ! ». « Grâce à ces ouvriers qui sacrifient leurs labeur pour Bharat Mata, le pays avance sur la voie de la modernité ». « Aujourd’hui notre héro Amit Stakhajay a été ravi de déplacer plus de 100 traverses, tout cela sur le tronçon le plus chargé du réseau et à la vue de milliers de voyageurs ébahis. Voila un exemple de dévotion patriotique à émuler ». « Cette semaine plus de 50 mètres de voies ont été rénové : les trains de notre grande nation peuvent désormais rouler encore plus vite, leur vitesse dépasse maintenant les 45km/h en moyenne. Gloire aux Indian Railways ! ».

Trève de slogans racoleurs, grâce à ces petites mains payées une bouchée de chapati, les Indian Railways transportent chaque jour près de 10 millions de personnes, sur plus de 65 000 km de voies. A première vue, ça fait encore beaucoup de traverse à changer. Et la CGT n’est toujours pas arrivée.

Delhi suspendue

Un léger suspense imprègne l’atmosphère dans la capitale depuis les élections législatives de mercredi dernier. Les 12 millions d’électeurs ne retiennent pas vraiment leur souffle, chacun vaque à ses occupations et la joyeuse valse chaotique qui anime la ville a déjà repris. N’empêche, cette élection n’est pas comme les autres.

Voilà deux décennies que les Dilliwallahs peuvent élire librement leur chief minister (lisez maire) ; mais aujourd’hui le scrutin s’annonce masala, avec des circonscriptions qui pourraient valser et des résultats laissant entrevoir un cafouillage dans la future assemblée.

Tout cela parce qu’un gentil trublion a décidé de se lancer dans la course. Exit le bipartisme Congrès-BJP, une troisième voie nommée Aam Admi Party (parti de l’homme du peuple) a décidé de jouer les trouble-fêtes dans une campagne autrement monotone.

C’est en effet ce petit nouveau – le parti vient tout juste de souffler son premier anniversaire – qui a monopolisé la vie politique delhiite depuis la rentrée. Entre tapage médiatique, publicités abondantes sur les ricksaws, sympathisants déambulant dans toute la ville avec leur petit topi gandhien, le parti du balai (c’est leur symbole) s’est fait entendre aux quatre coins de la capitale. Avec un mot d’ordre principal : à bas la corruption. Difficile de trouver slogan plus racoleur, mais le choix est judicieux. Entre le Congrès qui se noie dans les scandales depuis les Jeux du Commonwealth de 2010 et le BJP qui passe plus de temps à se quereller sur le choix d’un candidat qu’à formuler des propositions crédibles, un petit boulevard électoral s’est vite ouvert pour le Aam Admi Party.

De là à lui prédire une victoire,  il n’y a qu’un pas… qui va s’avérer difficile à franchir. Malgré ses frasques, le Congrès est solidement ancré à Delhi car représenté par l’habile vétérante Sheila Dikshit (elle finit son 3e mandat); de son côté le BJP espère bien surfer sur la vague Narendra Modi, auprès d’un électorat qui apparaît à première vue favorable (les classes moyennes désenchantées par le système congressiste et à la recherche d’un leadership fort).

Qui, du bon homme du peuple agitant son balai, de la  brute à la main de fer dans une fleur de lotus ou de la vieille matriarche truande, disposera des clés de la capitale ? La réponse dimanche soir à l’heure de votre western spaghetti favori.

En attendant, un petit micro-trottoir de sociologie électorale. Rien de mieux pour faire descendre la politique de ses hautes sphères théorético-académiques que de la soumettre aux profondes réflexions de l’esprit humain.

Les truands à la poignée de main facile

Les bons et leur balai en carton

Les brutes cachés dans leur lotus

 

« I voted Congress. I may have voted Aam Admi, but my father told me to vote Congress. Their guy is good with us, and the Aam Admi candidate was a beginner with no chance.”

Un collègue

“I voted Aam Admi. The jaru (balai), I liked it. It is a good symbol. But anyway I don’t care much, elections are not so serious, are they ?”

Une vendeuse à Starbucks

“I voted BJP. Actually I could have voted Aam Admi, but their candidate was muslim. I am hindu. Muslims always show their true colors.”

Un épicier

Trois voix, trois votes différents… On voit quand même que le Aam Admi aurait pu faire une petite percée, si ses candidats avaient plus de bouteille (de casseroles ?) et des apparences moins mahométanes. Le cru 2018 sera meilleur.

Instantanés de cette journée, Jangpura-style.